Pendant longtemps, je pensais avec beaucoup de conviction que tout le monde devrait entreprendre quelque chose. C'était même l'une de mes idées que je défendais le plus fermement. Je me demandais pourquoi certaines personnes choisissaient de rester uniquement employées alors qu'elles pouvaient, selon moi, entreprendre quelque chose à côté de leur travail.
Je prenais parfois des exemples très simples. Un chef de cabinet pourrait, en parallèle, construire une ferme. Un agent de sécurité pourrait créer une petite boutique. Et même lorsqu'une activité nécessitait une présence humaine, je pensais qu'il existait toujours des solutions : une application, un service automatisé ou une activité qui pouvait fonctionner avec peu de présence.
Dans ma tête, l'idée était assez simple : même si tu es salarié, tu peux entreprendre quelque chose à côté.
Puis j'ai eu une discussion avec un ami qui ne partageait pas cette vision. Pour lui, chacun pouvait avoir sa place. Il y avait des entrepreneurs, mais aussi des employés, ou plutôt des collaborateurs, et ces deux catégories avaient leur importance dans le fonctionnement d'une entreprise.
Je lui répondais que même un employé pouvait entreprendre à côté. Mais il m'a posé une question qui m'a fait réfléchir : « Et si tout le monde devenait entrepreneur, qui travaillerait pour les entreprises des autres ? »
Cette question m'a obligé à regarder mon raisonnement autrement. J'ai compris que j'avais peut-être fait de ma propre manière de voir la vie une règle générale. Moi, j'aime l'idée de créer, d'expérimenter, d'étudier les besoins, de construire des projets et de ne pas être enfermé dans une seule fonction. Alors j'avais naturellement fini par penser que cette manière de vivre devait convenir à tout le monde. Mais ce n'est pas forcément le cas.
J'ai commencé à comprendre qu'être employé n'est pas un échec. Être salarié peut simplement être un autre rôle dans un système beaucoup plus grand.
L'équipe de football
Mon ami m'a donné une comparaison que j'ai trouvée intéressante : une entreprise ressemble à une équipe de football. L'entrepreneur peut être comparé au capitaine. Il prend certaines décisions, donne une direction et porte une partie importante de la responsabilité. Mais un capitaine sans équipe ne peut pas gagner un match.
Les autres joueurs sont donc tout aussi importants. Ils ont des rôles différents, des compétences différentes et des responsabilités différentes, mais ils participent tous au même objectif.
J'ai alors commencé à voir l'entreprise autrement. Je ne voyais plus simplement un entrepreneur qui crée quelque chose et des employés qui exécutent. Je voyais une équipe composée de personnes différentes qui apportent chacune une forme de valeur.
Et je pense que mon ancienne vision était aussi influencée par quelque chose que l'on observe beaucoup dans notre société : nous voyons énormément les entrepreneurs qui réussissent. On parle de leurs entreprises, de leurs fortunes, de leurs innovations et de leur parcours. Mais les milliers de personnes qui travaillent derrière ces entreprises restent souvent beaucoup moins visibles. On voit le capitaine, mais on oublie parfois de regarder toute l'équipe.
Cela ne signifie évidemment pas que tous les employés sont correctement rémunérés ou que toutes les entreprises traitent parfaitement leurs collaborateurs. Ce sont d'autres questions importantes. Mais cela m'a permis de comprendre quelque chose de fondamental : le salariat et l'entrepreneuriat ne sont pas nécessairement deux camps opposés.
Aujourd'hui, je ne pense donc plus que tout le monde doit entreprendre. Je pense plutôt que chacun doit chercher à trouver la place qui lui convient, que ce soit comme équipier ou comme entrepreneur. Les postes sont différents. Les responsabilités sont différentes. Les objectifs personnels peuvent être différents. Mais chacun peut apporter une valeur utile à l'ensemble.
Et finalement, je crois que c'est peut-être cela, grandir intellectuellement : ne pas avoir honte de reconnaître qu'une idée que l'on défendait autrefois était incomplète. On ne perd pas forcément une conviction lorsqu'on la remet en question. Parfois, on la rend simplement plus juste.